Pour une réponse à l’affaire Sokal

Voici un extrait d’un débat sur l’affaire Sokal par Jean-Michel Salanskis, mathématicien et philosophe :

« Je suis d’accord que l’enjeu le plus grave est celui de la lecture. Sokal-Bricmont soulèvent un problème qui ne peut être que celui de la lecture, et le traitent de façon particulièrement indigente. Impossible de comprendre « La limite est la puissance du continu » chez Deleuze sans savoir que le contexte est celui d’une théorie de l’individuation par engendrement de frontière, différenciation de parties dans l’espace. Faute de comprendre ce contexte, Sokal et Bricmont interprètent de façon grotesque « la notion mathématique de limite est égale au cardinal de l’ensemble des réels », et relèvent fièrement une bourde ! Sans examiner le détail, il est clair que faire de larges citations, dire à la suite que c’est ridicule et que cela n’a pas de sens, et concentrer tout le travail critique dans des notes de bas de page renvoyant aux passages cités ne peut pas être une procédure rationnelle de lecture, une procédure intellectuellement honnête. On peut à mon avis suivre pas à pas les prises à témoin et les condamnations de Sokal et Bricmont pour montrer que ce qu’ils font est tout le contraire d’une démystification, d’une clarification, d’une critique. Et, disant cela, je prends pour critère de la critique le critère standard des Lumières. À vrai dire, il n’y a pas de critique rationaliste sans « prise de perspective » herméneutique adéquate sur les documents, n’importe quel universitaire sérieux de la galaxie SHS le sait, le défaut de Sokal et Bricmont est de n’avoir pas été formés à cette rigueur.
Mon rejet de leur pseudo-lecture va très loin, même lorsqu’ils parlent de Régis Debray et Serres, et se moquent de l’évocation par ce dernier d’un « théorème de Gödel-Debray », je trouve qu’il y a plus de clarté, de vérité et de rigueur dans Debray que chez eux. »

http://www.revue-texto.net/Dialogues/Sokal.html

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