Une machine désirante, un objet partiel ne représente rien

L’anti-oedipe, page 55.

« Considérons un enfant qui joue, ou, rampant, qui explore les pièces de la maison. Il contemple une prise électrique, il machine son corps, il se sert d’une jambe comme d’une rame, il entre dans la cuisine, dans le bureau, il manipule de petites autos. Il est évident que la présence des parents est constante, et  que l’enfant n’a rien sans eux. Mais ce n’est pas la question. La question est de savoir si tout ce qu’il touche est vécu comme représentant des parents. Dès sa naissance, le berceau, le sein, la tétine, les excréments sont des machines désirantes en connexion avec les parties de son corps. Il nous semble contradictoire de dire à la fois que l’enfant vit parmi les objets partiels, et que ce qu’il saisit dans les objets partiels, ce sont les personnes parentales même en morceaux. Que le sein soit prélevé sur le corps de la mère, ce n’est pas vrai en toute rigueur, car il existe comme pièce d’une machine désirante, en connexion avec la bouche, et prélevé sur un flux de lait non personnel, rare ou dense. Une machine désirante, un objet partiel ne représente rien : il n’est pas représentatif. Il est bien support de relations et distributeur d’agents ; mais ces agents ne sont pas des personnes, pas plus que ces relations ne sont intersubjectives. Ce sont des rapports de production comme tels, des agents de production et d’anti-production. Bradbury le montre bien quand il décrit la nursury comme lieu de production désirante et de fantasme de groupe, qui ne combine que des objets partiels et des agents. Le petit enfant est sans cesse en famille ; mais en famille et dès le début, il mène  immédiatement une formidable expérience non-familiale que la psychanalyse laisse échapper. »

(proposé par Hervé Pache)

Une réponse à “Une machine désirante, un objet partiel ne représente rien”

  1. Tietie007 dit :

    Pas très simple, comme concept !

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