Episode 2, il n’y a pas de finalité du désir. Désirer, c’est construire un agencement

Le feuilleton de Stéphane Nadaud (son mémoire proposé par fragments).

« Avant L’Anti-Œdipe, le sens commun et même philosophique entendait le désir comme désir de quelque chose ou de quelqu’un. En somme dans cette conception traditionnelle, le désir a un but et une finalité ; et il n’est désir que par rapport à un objet. Il n’y a de désir que de désir de quelque chose. (…) On retrouve la finalité de la notion de désir dans la théorie psychanalytique (désir entendu comme souhait — Wunsh — ou comme concupiscence — Begierde ou Lust —), au moins tel que Freud l’utilise lorsqu’il parle « d’accomplissement du désir ». Lacan, quant à lui, distingue profondément le désir du besoin ou de la demande, et le situe à une place essentielle dans sa théorie psychanalytique, en ne le subordonnant pas à un accomplissement dans le Réel : il n’existe qu’en relation avec le fantasme et ne s’adresse pas à l’inconscient de l’autre dans une demande . Autrement dit, pour Lacan, le désir ne vient pas buter sur une réalité qui fonderait son existence en lui assurant une finalité ; il est réel en lui-même. C’est dans cette dernière lignée non finaliste que Deleuze & Guattari développent le concept de désir : il n’est pas question de finalité du désir ; en tout cas pas en terme d’objet. Si finalité il y a, elle n’est pas déterminisme, mais bien volition. « Désirer, c’est construire un agencement, construire un ensemble ; le désir c’est du constructivisme ». Le désir, en effet, agence plusieurs facteurs. D’où l’un des reproches fait à la psychanalyse par L’Anti-Œdipe qui est justement d’ignorer le multiple, de le rabattre sans cesse sur la famille (…). Au contraire, « le désir c’est toujours un collectif » . Le désir, dans sa multiplicité, se rapproche de la notion de Libido, entendue comme l’énergie psychique qui est le substrat des transformations de la pulsion sexuelle. Il est cette infinité de combinaisons possibles : dans La Recherche Du Temps Perdu, Albertine est pour le narrateur objet de désir certes, mais le désir qu’exprime le narrateur ne s’arrête pas à la finalité d’objet que serait Albertine ; il est l’agencement d’un corps de femme, d’une tenue de tennisman sur la plage de Balbec, des paysages d’Elstir, de la sonate de Vinteuil, du souvenir d’enfant d’une étreinte saphique. C’est dans cette conception économique que le désir peut être entendu comme le produit de l’inconscient et du socius. Le désir est un flux produit « brut » par l’inconscient et le socius (libido/production) et qui, en tant que désir, correspond à des agencements particuliers.

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