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Archive de la catégorie ‘Signifiant et Agencement collectif d’énonciation’

Le commerce des mots suppose des conventions partagées, que la folie ébranle et subvertit

Jeudi 18 septembre 2008

 D’après Jean-Claude Polack, Epreuves de la folie, érès, 2006  

http://www.edition-eres.com/resultat.php?Id=1727

  »La parole psychotique souvent reste obscure ; il est difficile de l’écouter sans inquiétude, dans la saisie syncrétique et incertaine d’un délire et l’appréhension d’un passage à l’acte. Le paysage des énoncés appelle des instruments d’orientation, des ébauches cartographiques. Un modèle temporaire d’écoute, le tri de certains fragments du discours servent l’illusion nécessaire d’une destination, les Indes de Christophe Colomb. 

En deçà et au-delà de l’intelligibilité d’un délire, il s’agit de tirer un fil, de s’y tenir comme à la rampe d’un escalier, le « garde-fou ». Le modèle n’a de valeur qu’orthopédique. Il permet de trouver une piste dans le fatras des paroles, la jungle des idées. C’est un mode d’interlocution. 

Un premier temps se soucie modestement d’un minimum de connivence sémantique. Le commerce des mots suppose des conventions partagées, que la folie ébranle et subvertit. (…) Mais la réalité psychique proclame sa propre jurisprudence, qu’elle étend sur le physique et le social, au grand dam de l’interlocuteur conformiste – celui qui parle la langue « normale », l’homme de la « santé mentale » – . Quand il entend une sorte de langue étrangère et qu’il termine la séance en essayant vainement de se souvenir des phrases du patient, le thérapeute – comme d’ailleurs tout soignant se tenant en disponibilité de « convivance » (Bonnafé) avec un « sujet » réputé psychotique (Chaigneau) -  se sait en terre schizoïde, aux prises avec l’errance d’un langage nomade. Si le malade a prononcé des paroles ordonnées, qu’on se remémore facilement, la psychose semble moins grave ; paranoïaque et rigide (la dimension proprement molaire), elle est plus accessible que la dissociation (les devenirs moléculaires,… les disjonctions incluses) . Entre ces deux extrêmes, on est parfois confronté à des constructions syntaxiques correctes assorties de véritables inventions de mots, que leur auteur éventre, déchire, scinde, puis combine et articule en respectant le mouvement des phrases et les tournures stylistiques de la langue.

Les troubles symboliques – glissement des métaphores, déplacements métonymiques – posent des problèmes parfois cocasses, pas toujours faciles à déjouer. (…) Les énoncés sont donnés à déchiffrer dans leur propre idiome. La traduction en une langue inconnue des acteurs de la séance donnerait naissance à une autre fiction, avec sa « novlangue » particulière. L’interprétation – au double sens du terme – devient alors une stratégie résolutive : 

Une de mes patientes (c’est Jean-Claude Polack qui parle) , étudiante en lettres modernes, souffrait – parmi d’autres – d’un symptôme insolite et désagréable. Au moment de quitter la bibliothèque où elle devait travailler presque quotidiennement, elle était prise d’un vomissement incoercible. On la mit en demeure de se soigner ou de cesser de fréquenter les lieux. Pendant trois semaines, elle réfléchit intensément, trouva la raison de ses déboires et put faire la preuve du bien-fondé de son interprétation. Elle m’expliqua qu’au-dessus de la porte de sortie de la bibliothèque un grand panneau demandait aux lecteurs de ne pas oublier de « rendre » les livres empruntés avant leur sortie. Ce qu’elle faisait, semblait-il, au pied de la lettre. Elle imagina donc le stratagème suivant : en arrivant devant l’écriteau, elle traduisait l’avertissement en anglais, et comme « rendre » se dit « to give back » dans cette langue – et non « to throw up » – il n’y eu plus jamais d’accident. 

Cette histoire nous fait réfléchir sur l’autonomie des mots et la force des contresens. Le contexte ici n’a pas de prise sur les énoncés. La solution ne se subordonne pas à la réalité, mais seulement à l’injonction menaçante, le « c’est à prendre ou à laisser ». Le subterfuge, de son côté, travaille l’énonciation dans le seul atelier des langues, sans dépendance aucune vis-à-vis des règles sociales et des codes institutionnels. La traduction maintient le sujet à distance de la réalité, grâce au compromis qui relève son ubiquité. C’est parce qu’il est toujours ailleurs qu’il gagne le droit de rester là. De « s’en sortir ». »

Guattari à Vincennes en 1975 : A qui est-ce qu’on parle ?

Lundi 18 février 2008

Vidéo trouvée sur site : http://antioedipus.blogspot.com/2008/01/guattari-parle-vincennes-1975.html

Les composantes sémiotiques, la visagéité…

Dépasser le signifiant et le sujet : l’agencement collectif d’énonciation

Mercredi 24 octobre 2007

Le concept d’agencement collectif d’énonciation de Guattari-Deleuze permet de sortir de la logique du signifiant. Le sujet n’est plus un individu isolé avec ses signifiants, mais fait partie d’un agencement où il (est) interagi(t) avec un milieu et un groupe qui produisent un agencement collectif d’énonciation en évolution permanente.

« (…)  la fonction langage… n’est ni informative, ni communicative ; elle ne renvoie ni  à une information signifiante, ni à une communication intersubjective. Et il ne servirait à rien d’abstraire une signifiance hors information, ou une subjectivité hors communication. Car c’est le procès de subjectivation et le mouvement de signifiance qui renvoient à des régimes de signes ou agencements collectifs. (…) la linguistique n’est rien en dehors de la pragmatique (sémiotique ou politique) qui définit l’effectuation de la condition du langage et l’usage des éléments de la langue. »

 « (…) Il y a « primat d’un agencement machinique des corps sur les outils et les biens, primat d’un agencement collectif d’énonciation sur la langue et les mots. (…) un agencement ne comporte ni infrastructure et superstructure, ni structure profonde et structure superficielle mais aplatît toutes ses dimensions sur un même plan de consistance où jouent les présuppositions réciproques et les insertions mutuelles.(…) mais si l’on pousse l’abstraction, on atteint nécessairement à un niveau où les pseudos-constantes de la langue font place à des variables d’expression, intérieures à l’énonciation même ; dès lors ces variables d’expression ne sont plus séparables des variables de contenu en perpétuelle interaction. Si la pragmatique externe des facteurs non linguistiques doit être prise en compte, c’est parce que la linguistique elle-même n’est pas séparable d’une pragmatique interne qui concerne ses propres facteurs » ( …).

« Car une véritable machine abstraite se rapporte à l’ensemble d’un agencement : elle se définit comme le diagramme de cet agencement. Elle n’est pas langagière, mais diagrammatique, surlinéaire. Le contenu n’est pas un signifié, ni l’expression un signifiant, mais tous deux sont les variables de l’agencement. »
(…) « L’unité réelle minima, ce n’est pas le mot, ni l’idée ou le concept, ni le signifiant mais l’agencement. C’est toujours un agencement qui produit les énoncés. Les énoncés n’ont pas pour cause un sujet qui agirait comme sujet d’énonciation pas plus qu’ils ne se rapportent à des sujets comme sujets d’énoncé. L’énoncé est le produit d’un agencement toujours collectif qui met en jeu en nous et dehors de nous des populations, des multiplicités, des tentations, des devenirs, des affects, des évènements. »

(tiré de Dialogues et Mille plateaux)