Archive de la catégorie ‘Tribune libre’

Le silence qui parle

Mardi 4 novembre 2008

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Le poujadisme hédoniste

Lundi 24 septembre 2007

de Harold Bernat-Winter qui m’a aimablement autorisé à reprendre son article pour le blog (lisible en entier sur Critique, et critique de la critique).

Ce texte est un extrait du livre Des-montages, Le poujadisme hédoniste de Michel Onfray (mars 2006).

« « Contre la confiscation de la philosophie par des professionnels incestueux », « restaurer la philosophie », « rendre la philosophie au peuple », « la philosophie abordable ». On ne compte plus les mots d’ordre qui mettent en scène la philosophie. Tantôt avachie dans sa consommation télévisuelle – « Avachissement télévisuel » – tantôt exhaussée dans les Universités populaires – « Exhausser la philosophie » – , la philosophie est une amulette magique qui cautionne, accrédite et valide le discours de celui qui la fait parler. Au jeu de la contre-culture, elle se donne à qui veut la prendre. Elle peut aussi bien marquer une distinction de classe que servir d’opérateur dans la simulation du discours révolutionnaire. Jamais une plus grande confusion n’a régné dans l’usage du mot. Pourquoi ? Nous consommons aujourd’hui le triomphe de la culture petite-bourgeoise dans le cadre général d’une économie capitaliste. Longtemps en lutte contre la culture bourgeoise et légitime, la culture petite-bourgeoise a tiré profit de la mise à disposition, pour le plus grand nombre, d’une simulation de la culture bourgeoise. Barthes décrivait parfaitement en 1972 ce mouvement général qui a dominé en France la seconde moitié du XXe siècle : « Sur le plan culturel, on peut dire que la culture petite-bourgeoise reproduit ″en farce″ la culture bourgeoise, et cette imitation dérisoire, c’est la culture dite de masse ; et par là même, il n’y a aucune classe sociale, aucun groupe qui soit à l’abri de cette contagion générale de la culture petite-bourgeoise » . » (…)

 » (…) Absolument perméable aux développements économiques et culturels du libéralisme, le poujadisme hédoniste profite des bienfaits du libéralisme sous sa forme libertaire tirant par là un bénéfice secondaire de la transgression de la morale bourgeoise (vertus, valeurs, interdits, logique de l’avoir). Pour autant, la petite bourgeoisie libertaire risque toujours de voir le privilège de l’entre-deux disparaître au profit d’un avachissement généralisé des pratiques, menace inhérente au mouvement de dérégulation intégral des signes produits par le capitalisme (« l’avachissement télévisuel », « Philosophie de comptoir »…). C’est pour cette raison qu’elle a encore besoin de défendre certains privilèges corporatistes : limite de l’hédonisme, actualité du poujadisme. L’hédoniste profite du libéralisme, le poujadiste profite de sa dénonciation. Le poujadiste hédoniste représente de façon exemplaire le succès d’une pensée du double profit qui, sans jamais quitter les privilèges de la distinction symbolique, réalise le triomphe du capitalisme comme abolition de toutes les distinctions.
1972 est l’année de publication de L’Anti-Œdipe, ouvrage de Gilles Deleuze et Félix Guattari duquel Onfray a tiré l’essentiel de ″ses″ concepts transformés en mots d’ordre : « révolution moléculaire », « devenir révolutionnaire des individus »…

« Devant la fin de la croyance à la révolution, Gilles Deleuze annonçait la seule issue possible : le devenir révolutionnaire des individus. D’où le démontage des servitudes volontaires, la mise à jour de ce qui définit une vie mutilée, la proposition de solutions libertaires, des cartographies pour s’orienter dans la pensée, des techniques de construction de soi, des méthodes de connaissance du moi, l’ensemble permettant l’organisation de résistances moléculaires »

Entre le révolutionnaire et le moléculaire, des « solutions », des « techniques », des « méthodes », tout ce que réclame la culture petite-bourgeoise consommatrice de recettes afin de jouir par les deux bouts : propriété (« méthodes de connaissances du moi ») et transgression (« solutions libertaires »). Ce prêt-à-consommer de la réalisation de soi trouve chez Deleuze et Guattari une caution « révolutionnaire ». Une voie efficace pour entretenir le mythe bourgeois du ″chez soi″ tout en retirant le privilège symbolique de la révolution qui, en s’affichant comme révolution, abolit le mythe. Le mythe produit est aussitôt aboli dans une opération de réversion des signes du discours qui fait d’une main ce qu’elle défait de l’autre. Ne reste qu’une forme vide, un rideau de fumée qui, à côté de la « philosophie abordable » et de « l’UP », fonctionne dans la simulation intégrale de tous les modèles hérités.
A vouloir centrer l’analyse sur la question de la médiatisation des discours, on finit par en oublier leur nature et les jeux de langage qu’ils supportent, cautionnent et accréditent. Deleuze et Guattari ont vendu 52000 exemplaires de L’Anti-Œdipe, mais combien de lecteurs du manifeste de philosophie « populaire » de Michel Onfray pourrait soutenir la lecture du premier chapitre de L’Anti-Œdipe ou de Qu’est-ce que la philosophie ? de Deleuze et Guattari ? Contrairement au manifeste du poujadisme hédoniste, L’Anti-Œdipe résiste à la compression. Plus exactement, le texte de Deleuze et Guattari est une tentative de résistance à toute consommation petite-bourgeoise du discours. Où sont passés les lecteurs de L’Anti-Œdipe ? Ils ont tout simplement disparu, et il serait vain de les chercher du côté des lecteurs d’Onfray. Cette disparition questionne notre façon de faire avec le langage. Deleuze et Guattari, appliquant au mot l’idée nietzschéenne selon laquelle un livre n’est pas écrit pour être lu de tous, cherche à faire de l’usage du langage une arme de résistance à la consommation des mythes. » (…)

Quel éditeur pour notre temps ?

Lundi 11 juin 2007

Face à la masse des œuvres indistinctes publiées aujourd’hui, Caméras Animales tente de se démarquer en proposant des écritures et des subjectivités nouvelles.

Extraits d’un entretien avec les éditeurs sur libr-critique.com.

« … On se sent dans l’une de ces époques-déserts où l’on ne peut même pas imaginer ce qui nous manque, ce qui aurait pu être. Ça fait des années qu’on est dans une période de désert : il va bien falloir qu’on en sorte.
Tout ce que nous disons c’est qu’il faut que nous sortions de cette époque-désert, pour cela il faut produire des œuvres et des pensées, à commencer par une littérature non corrompue par le système de la distribution et des prix.
Le sens politique d’une telle publication est de proposer autre chose que ce qui est, un micro-scintillement d’espoir, dans un monde où l’on « pense et vit comme des porcs », pour reprendre l’expression de Gilles Châtelet. (…) »

« … Le sens politique d’une telle publication constitue, entre autres, en un appel à l’unité des “freaks”, des “différents” (ou “différants”) de tout bord : l’heure n’est plus aux guerres fratricides, aux querelles de chapelle ; si nous ne nous unissons pas un peu plus, si nous ne trouvons pas une forme d’alliance et d’entraide, nous, et tout ce en quoi nous croyons, serons balayés (c’est déjà presque fait). Caméras Animales = bienvenue à Anormale Spé !
Le mutantisme est une mise à jour, ou plutôt, une mise au jour (de ce qui est).
Puisque le corps social est incapable de révolution, certains corps-esprits individuels entament des mutations.
Mutantiser = hacker ; hacker = mutantiser.
Le Mutantiste est très proche de la figure du Hacker, à la différence que le Mutantiste n’hésite pas à hacker (mutantiser) sa propre tête, il prend aussi son esprit comme terrain de hacking.
Pour traverser le bruit de l’époque la littérature est obligée de se constituer en blocs toujours plus fous, concentrés, directs ou incompréhensibles, tortueux, imparables, irréductibles, textes blocs de combat avec des points d’attaque et de défense. Nous souhaitons développer la production collective de subjectivité, favoriser la possibilité de l’émergence d’un “peuple qui manque”, et entretenir une flamme de singularité irréductible au milieu d’une civilisation abêtissante et mercantile qui au fond a rarement autant haï la poésie et la liberté. (…) »

« … Un positionnement philosophique ? Question difficile (…), or nous ne sommes pas exactement philosophes, même si nous pratiquons la pensée. On crée peu à peu un plan de consistance, un chantier où s’agglomère ce que nous avons pu vivre, lire et penser. Dans ma part de ce chantier figurent en bonne place :
- L’expérience intérieure de Bataille, sa pensée du négatif, de l’érotisme, du sacré, du “bas”, de l’indifférenciation, de la part maudite, de la souveraineté, d’une “économie” prenant en compte tout ce qu’est l’homme, son refus de cloisonner les champs (littéraire, philosophique, anthropologique, sociologique, mystique…), quitte à ne pas être pris au sérieux. Avec une fièvre et une malice à l’intérieur même de la gravité la plus intense. Bataille reste l’un des penseurs les plus intéressants que j’aie jamais pu lire. Il est sous-estimé donc j’insiste.
- La vitalité, la multiplicité protéiforme, la créativité et l’ouverture conceptuelle de Deleuze. Il ouvre et crée plutôt que catégorise et ferme.
- La déconstruction métaphysique de Derrida (avec/après Nietzsche), Derrida à qui nous devons beaucoup (la pensée plutôt que la philosophie, l’écriture plutôt que la littérature, la remise en question des présupposés métaphysiques qui fondent notre (toute) civilisation, notre pensée, notre langage, notre culture).
- L’usine à singularités de Guattari.
- Le Tout-Monde et la créolisation de Glissant (c’est un exemple je trouve de la fertilité et de l’aspect concret (l’adaptabilité) de la pensée de Deleuze).
- Le goût de la connaissance, de la remise en question, de l’encyclopédie, de la pensée digressive, de la confrontation au monde, des Lumières : Diderot, Voltaire, mais aussi Sade en Lumière noire.
- Les pensées critiques radicales, souvent cryptomarxistes (Debord, le situationnisme ; Surya, Hakim Bey, le groupe Krisis, Curnier, Mc Kenzie Wark).
- Une fascination pour la science et le discours scientifique, qui est sans doute le champ « où ça se passe » en ce moment (cf. par exemple la réflexion sur le point de singularité de Eliezer Yudowski). Actuellement, Sciences & avenir est la revue au contenu poétique le plus stimulant que je connaisse.
- Blanchot et la pensée du murmure, de l’incessant, de l’espace littéraire, et aussi de sa pensée de l’écriture fragmentaire aux contours mutants (l’écriture du désastre).
- Et aussi Foucault, ainsi que des auteurs académiques anglo-saxons plus mineurs comme Linda Hutcheon ou Terry Eagleton, lectures obligées d’étudiant qui ont néanmoins pas mal contribué à ma formation intellectuelle.
- quelques courants artistiques du 20e siècle, tels le futurisme, le dadaïsme, le surréalisme, le lettrisme, le situationnisme (qui a malgré tout une dimension artistique), et beaucoup plus près de nous le bio-art.
En confrontant tout ça en créolisations d’imarginaires, je trouve des outils de pensée, des synthéses de mutations germinales, qui font percevoir des directions à prendre.
Ceci dit, le rock et la poésie sont ma véritable religion (…) »

Dis papa-maman, sinon t’auras une baffe (2) !

Mercredi 30 mai 2007

Suite à l’article « dis papa-maman, sinon t’auras une baffe » envoyé au blog par un nouvel auteur, infirmier en psychiatrie,  je lui avais répondu le message à peu près suivant :

« Je compte publier votre article.  A première lecture, je vous livre mes impressions. Votre charge concerne, et la psychiatrie et la psychanalyse. Or la psychanalyse ne va pas forcément dans le sens de la psychiatrie. Plutôt que vous ne les assimiliez dans une même attaque sans distinction, il faudrait peut-être que l’on comprenne les défauts de l’une et de l’autre plus distinctement, ou alors leur imbrication dans un contexte hospitalier… et à qui sont confiés les patients que vous évoquez (des psychiatres, des psychanalystes…) ? »

Il a renvoyé au blog un résumé rapide de son parcours en expliquant sa critique de l’institution psychiatrique dans laquelle il travaille aujourd’hui, ainsi que sa position :

« (La) rédaction (de mon texte) déjà ancienne (2005) est, ce me semble, indissociable d’un contexte professionnel d’après moi insatisfaisant. Pourquoi ?

« Formé » à Ville-Evrard (Seine-Saint-Denis), hôpital psychiatrique où séjourna Antonin Artaud du 27 février 1939 au 22 janvier 1943 (avant de partir pour Rodez dans le service du docteur Ferdière), j’ai travaillé cinq ans durant dans une unité d’hospitalisation plein-temps accueillant une population dite d’« entrants », « psychotiques décompensés » pour l’essentiel, « sujets réputés schizophrènes » surtout. Cette étape dans un service plutôt difficile m’a permis d’expérimenter ce qu’une psychiatre de la qualité de Gisela Pankow, avec ses moyens propres et ses méthodes originales, pouvait qualifier d’« Être-là » du schizophrène, en d’autres termes toute une machinerie désirante dans laquelle les « soignants » pouvaient s’inscrire comme éléments hétérogènes, – bouts d’un pare-excitation abrasé à restaurer (Delion) – morceaux d’agencement, termes d’une constellation désirante plutôt que transférentielle, (le transfert supposant déjà papa-maman comme notion indigne…) univers pluriels, autant de mondes que de supposés « sujets » [ pas de « sujet » sans « subjectivités hors sujet » (cf. R. Scherer)], heccéités au sens de Deleuze/Guattari, individuations ne constituant plus des personnes ou des « Moi », singularités ek-sistantes, spectrales (comme on parle de composition spectrale de la lumière)… bref, tout autre chose que ces Sujet(s)/Objet(s) dont on ne sort pas et qui traduisent en langue Artaudienne les sempiternels « rétrécissements spirituels » qu’affiche la « psychiatrie spiritualiste » ! Je dis « psychiatrie spiritualiste » (bien qu’« idéaliste » semble un mot meilleur) puisque c’est ainsi que Deleuze, dans « L’abécédaire » nomme la psychiatrie d’obédience analytique, celle qui se réclame de Freud, d’un retour à Freud… de Lacan. De cet épisode banlieusard, je rapporterais le mot de ce chef de service, brillant clinicien très imprégné de Clérambault, que je ne pouvais m’empêcher d’apprécier, et qui, hors clocher, m’avait mis en garde contre l’incoercible tentation – surtout pour de prétendus spécialistes – de psychiatriser tout et n’importe quoi. Exactement comme ce projet grotesque, ironisé par D.G de rendre plausible une psychanalyse du paquet de nouilles, de l’automobile, ou du « machin ».

En 2002, j’arrive à l’ouest… et, contre toute attente, y trouve du nouveau ! Meilleures conditions de travail, moins de violence, un effectif soignant plus conforme à la population « suivie », multiples espaces thérapeutiques connexes au pavillon de « crise » que je viens d’investir… On m’informe de l’« obédience lacanienne » du secteur. Effectivement, on y spiritualise beaucoup, psychanalyse et psychiatrie courent ensemble et dans des réunions qui n’en finissent pas, on tapisse l’espace de signifiants qui sont d’ailleurs toujours les mêmes, on décortique les énoncés, on traque les grands transcendants sinon, en creux, leur manque. La machine à interpréter est en marche, on redemande de la signifiance. Longue vie au manque à être puisqu’il est la vie ! Vive la castration salvatrice, sésame du désir, vive la Loi et vive Papa ! Non vraiment… tout cela ne va pas ! Un participant au séminaire de Guattari disait du psychotique qu’il faisait corps avec son inconscient et qu’il y avait abolition de l’espace de la représentation ! Guattari lui-même confiait à Deleuze que les fous ne faisaient pas seulement de la cosmogonie mais aussi de l’économie politique. Et puis, il y a Artaud… le théâtre de la cruauté, Artaud, sol de notre langage – demain ?- (Foucault)

Le service dans lequel je travaille tente, à l’heure du tout génétique et des thérapies comportementales et cognitives, de maintenir la possibilité d’une « clinique sous transfert », je veux dire, la possibilité pour les soignants d’être des instruments thérapeutiques. Oury soutient l’idée d’une « fonction phorique » indissociable de la praxis infirmière. Je vous renvoie sur ma critique du transfert en tant que concept familialiste (voir plus haut)… l’essentiel dans ce mode de travail, étant de constituer un dispositif de personnes et de lieux, identifiables comme suffisamment différents les uns des autres pour que quelque chose puisse se passer, constellation où le désir pourrait couler ! De même, sur le délire, je supporte la position de la psychanalyse, à savoir qu’il est symptomatique d’une tentative de reconstruction d’une scène commune… Alors il nous revient à nous, hospitalisants comme aux équipes de l’extra-hospitalier d’en prendre soin, de reconnaître sa valeur de vérité indéfectible. A l’évidence, si celui-ci travaille contre le « sujet » qui le sent puis le produit, la juste prescription médicamenteuse pour l’en distancier s’impose… et pour cela, il faut se mouiller ! Ce type de psychiatrie milite pour l’instauration d’une « convivance » possible (Lucien Bonnafé). Ce que je désapprouve, c’est l’illusion d’une « parole pleine » entretenue par certains spécialistes de la santé mentale, la propension à tout recouvrir d’une « prêtrise », d’une obédience, ici lacanienne, ailleurs kleinienne… Non, vraiment, je ne puis souscrire aux idéaux d’écoles, définitivement !

A la rédaction de ce texte, je m’indigne de me trouver aussi cruel ! Je dois reconnaître que je ne travaille pas dans un système coercitif, mais cet épanchement verbal m’est nécessaire. Lire Deleuze Guattari est un équivalent cathartique. Je n’ accepte pas ces systématisations injustes sinon iniques. Faire des enfants dans le dos de quelqu’un, c’est déjà dégueulasse, mais des parents, allons donc ! A plusieurs reprises, j’ai tenté d’injecter un peu de Deleuze, un brin de Guattari. En vain. Je crois d’ailleurs, qu’au détour d’une « supervision », entreprise qui réunit régulièrement tous les professionnels du service (médecins, infirmiers, psychologue, assistante sociale, secrétaire, agents des services hospitaliers) sous la direction d’un membre de la Cause Freudienne, psychanalyste copieusement rémunéré(e), j’ai évoqué «L’Anti-OEdipe » ; Cette référence n’a pas été retenue… je m’y attendais et j’en jouissais d’avance… trop d’hétérodoxie, trop de psychose aussi, probablement ! « Un tel livre ne renseigne pas sur la clinique du sujet, c’est de la politique ! » Remarquez qu’au moins, j’ai échappé à la réponse historique : « Ce livre n’existe pas ! Il faut en faire silence ! »

HP.

Dis papa-maman, sinon t’auras une baffe (1) !

Dimanche 27 mai 2007

Premier article d’un contributeur qui inaugure deux nouvelles rubriques : tribune libre et clinique.

Cet infirmier révolté qui travaille « dans un établissement spécialisé en psychiatrie » illustre son attaque aux résonances résolument deleuzo-guattariennes par plusieurs exemples. Il semblerait qu’aujourd’hui, trente ans après l’écriture de l’anti-oedipe, les dogmes régissent les pratiques de certains hôpitaux.

L’article :

« Cet enfant,
il n’est pas là,
il n’est qu’un angle,
un angle à venir,
et il n’y a pas d’angle…
or ce monde du père-mère
est justement ce qui doit s’en aller,
c’est ce monde dédoublé-double,
en état de désunion constante,
en volonté d’unification constante aussi…
autour duquel tourne tout le système de ce monde
malignement soutenu par la plus sombre organisation. »
Antonin Artaud, Ainsi donc la question… 

Faire couler…
Il y a des choses qu’il me tardait de vous confier, des choses au parfum certain d’hérésie, pensées légitimes cependant pour celui qui, comme moi, informé plutôt que formé aux théories de l’inconscient, cherche à  entrer dans la couleur (sorte d’expressionnisme, de fauvisme appliqué sur soi, mais sans fard puisqu’il n’est point ici question de tricher !), à « remplir des puissances »  au sens de Spinoza, à saisir en toute humilité un peu de la parole de l’autre sans jamais l’interpréter au nom d’un père si « légal » , si « magistral »  fut-il. (suivez mon regard !)
Ainsi donc  cette contestation urgente d’une pratique légitimée par les instances sectorielles, avatar du pouvoir psychiatrique sous couvert d’un humanisme qui, pour finir voire pour commencer, place le  « sujet »  sur une scène de laboratoire, genre table de dissection, sans parapluie ni machine à coudre, espace de transformation, de disjonctions toujours exclusives, sans poésie ni humour, endroit qui voit sa scission en deux entités désormais dissemblables, le fameux clivage du sujet : en
- sujet de l’énoncé
- et sujet de l’énonciation (en tant qu’interprété)
Et c’est comme ça qu’une pauvre âme se retrouve  « épinglée »,  « mise en boite »  par quelque taxidermiste de cauchemar psychiatrique, « incarcérée » dans une structure parfois même sans mot dire;  symptôme rapporté, sinthome éponyme :

«  tiens, celui là, c’est le nouveau Schreber, il s’est émasculé ! » (exemple 1) :
comme si le délire du président ne tenait qu’à cela, un  « devenir femme » exclusif re-présenté dans l’abstrait hors référence contextuelle historico-géographico-politique, délire écrasé par une implacable machine d’interprétation, de subjectivation … quelle panique ! quelle arnaque !  quel coup bas ! (sic !) « Pousse-à-la-femme !» , « femme dans un corps d’homme !» bégaie le psychologue clinicien du service, jeune (la vingtaine fraîchement diplômée) Jivaros institutionnel dès lors que brillant réducteur de têtes – de leurs expressions langagières – à la mode de Lacan, au sens ou d’autres plus orthopédistes réduisent des fractures, oreille  implacablement dressée, « collée  au signifiant », (cf. Félix Guattari dans son séminaire) formée à une culture clinique in vitro. 
« Femme dans un corps d’homme » ?  mais alors déclinaison bien particulière d’un modèle de féminité, canon féminin version barnum avec barbe de sapeur, pas même remarquée par ces spécialistes de la psychose, ces Docteurs Psychosis Causa … en représentation ! (C’est encore Daniel Paul Schreber qui dans ses mémoires d’un névropathe , témoigne des modifications des caractères sexuels secondaires intensément senties sur son corps …  « me poussent de véritables seins ! »)

Autre exemple (2) : Stéphane, 31 ans, délirant… son corps abritant une machine infernale qui éprouve ses organes sans cesse déplacés par des secousses d’intensités variées, objectivables sur l’échelle de Richter ; corps « trans-vimort », (cf. Deleuze et Guattari) ballotté au gré des évènements politiques, placé sous l’étoile d’une nécessaire itinérance , (qu’elle soit bonne ou mauvaise, au diable les contradictoires puisqu’il s’agit d’un chant de vie…) voyageant dans le cosmos, l’histoire (« tous les noms de l’histoire, c’est moi. » F. Nietzsche) et la géographie, via des « autoclaves » qui le télé-portent d’identités en identités chaque fois usurpées par d’improbables humanoïdes au teint  kaléidoscopique ; patient méfiant, difficile à  « apprivoiser »,  « autistisé »  comme réduit à un monolithe de délire dans lequel « ça parlerait » trop fort pour qu’un échange avec le dehors fut rendu possible ; on pourrait y voir un  contre-investissement objectal  quasi-radical, de lui sur le dehors, alors qu’il est appréciable qu’à la manière d’une éponge il se nourrit de celui-ci, rendu suggestible à l’extrême, douloureusement hyperesthésique – tout fait signe – par défaut du pare-excitations ; force centripète hypothétique, observable, – toujours le point de vue de la  santé/névrose  sur la  maladie/psychose – du  processus  schizophrénique (sa rupture ?), du voyage ignorant du trajet (son arrêt ?) au sens de Jaspers puis de Laing. Je me souviens ce  jeune homme menaçant le psychiatre de représailles si celui-là devait s’obstiner à lui imposer des neuroleptiques,  « potions de sorcellerie », « dérivés de produits sanguins », exception faite du « RISPERDAL », (présenté dans les plaquettes pharmaceutiques lucrativo-centrées comme   « anti-psychotique » et plus guère comme neuroleptique.) seul psychotrope trouvant grâce à ses yeux !
A l’issu de l’entretien, le bon docteur m’expliqua savamment que cette demande était signifiante, dans la mesure ou le nom « RISPERDAL » comportait la syllabe « PER », soit l’opération miraculante de ce fameux  vide structural du père   soigneusement comblé par la pieuse absorption du produit !
S’il suffit de se laisser aller à ce type d’exercice, traquer le signe qui, sous la condition d’un signifiant majeur et despotique -le Signifiant qui subsume – renvoie au signe, invariable, latent, prédéterminé dans la tête du médecin frappé d’interprétose prurigineuse, alors autant disséquer complètement le mot …
Aussi pour « RISPERDAL », je propose, à la façon d’un rebus, la tripartition suivante :
- RIS pour « ris de veau », (thymus, glande involutive, substance pleine gorge située non loin de la langue) curiosité gastronomique de Gaul(l)e, qui convoque l’esprit du « Général », père de la république et de la meute des veaux-citoyens (jusqu’au « meurtre du père » par ce même cheptel – la horde – tricolore, triangulé…bien qu’hexagonal) ; veau, image de père, à l’instar du cheval d’omnibus du « petit Hans » de Freud ; élevé sous la mère ? à ceci près, il est vrai qu’un veau n’est pas encore un boeuf, et qu’un boeuf, taureau châtré ne saurait engendrer, … mais est-ce si important ?
- Ou bien RIS pour REEL-IMAGINAIRE-SYMBOLIQUE ou  REEL-SYMBOLIQUE-IMAGINAIRE (RSI), agencement nodal type borromméen, lacanerie notoire soit « la confrontation de ces trois registres qui sont bien les registres essentiels de la réalité humaine, registres très distincts (…) » On dira qu’avec ja claque…, dans la psychose, tout fou Lacan …  le Symbolique troué comme une vieille membrane, rudoyé à l’épreuve d’un Réel médusant,  commet un appareil psychique à vif cherchant  rustine ou « bouclier de Persée » (F. Pasche), écran total, airbag, délires (« donnez moi des délires », Nietzsche  dans Aurore, 1881) et hallucinations. 
- PER pour père, à l’évidence.
- DAL pour dalle de cimetière, lieu cultuel, culturel, et place de la mémoire familiale patronymique, stèle funéraire ou s’inscrit le « nom du père »
N.B : On se rappellera  l’extrême importance accordée par Freud au père mort.
Magie du nom commercial au pays des psychotropes ou les épousailles de la psychanalyse et de la force de vente …encore une arnaque !

Et cet autre (exemple 3), jeune aussi, porté sur l’élément marin
… plaisirs du surf, joies de la baignade, (rien d’inédit, point de bizarrerie, et pourtant …) si l’on suit l’idée médicale, la stabilisation de sa maladie se soutiendrait de son assiduité à « entrer » dans sa mère, soit la douce innocence d’une castration forclose !
…Homo natura connecté sur une  machine aquatique, la ballade du schizo, soit celui qui parle du fond d’une pré-histoire, « bien avant la distinction homme- nature, avant tous les repérages que cette distinction conditionne ; Il ne vit pas la nature comme nature, mais comme processus de production ; Il n’y a plus ni homme ni nature, mais uniquement processus qui produit l’un dans l’autre et couple les machines. Partout des machines productrices ou désirantes, les machines schizophrènes, toute la vie générique : moi et non moi, extérieur et intérieur ne veulent plus rien dire. » (G. Deleuze et F. Guattari, L’Anti-Oedipe , 1972, p8.)

mais pourquoi donc « garder » maman ?
a quelles fins ?
sont-ce les baigneurs incestueux ? 

Est-ce donc cela, la « psychanalyse appliquée » rejetée avec force dans son concept par Jean Oury et ses pairs, ceux des thérapies institutionnelles ? car en vérité, cette application systématisée de la Très Sainte, Très Symbolique, Très Culturelle Grille Analytique, je ne puis la considérer qu’à la manière d’une opération de police (cf. « L’homme au magnétophone »), « sombre organisation » qui, totalitaire, réduit toute formulation désirante/délirante à une peau de chagrin familiale, maigre espace mal éclairé qui ne laisse aucune possibilité de fugue. Hors les murs du triangle figuratif ou structural … point de salut !
… « dis papa-maman, sinon t’auras une baffe ! »

H.P, infirmier prétendu (attention à la tentation de la mauvaise foi… ) dans un établissement spécialisé en psychiatrie.