Atelier de Création Radiophonique, G. Deleuze

25 janvier 2007

Une nouvelle ressource audio : une émission France Culture sur l’Anti-oedipe avec G. Deleuze :  « mettre la merde dans le champ psychanalytique », une pièce de Klossowsky, etc.

http://www.badongo.com/file/2166055

Deleuze/Guattari : Nous deux

24 janvier 2007

Et également, toujours sur Multitudes, par  Robert Maggiori

Paru dans Libération le 12 septembre 1991

Comment pense-t-on à deux ? Les auteurs de « Qu’est-ce que la philosophie ? » retracent l’histoire d’une amitié sans intimité, qui fonctionne à l’« accordage » et au « branchement machinique ».

http://multitudes.samizdat.net/Deleuze-Guattari-Nous-deux.html

Guattari, homme d’affluences

24 janvier 2007

par  Robert Maggiori

Comment le chantier de« l’Anti-OEdipe » a été préparé par le psychanalyste. (Liberation -Jeudi 20 janvier 2005)

Félix Guattari : « Ecrits pour l’Anti-Oedipe ». Textes agencés par Stéphane Nadaud. (Editions Lignes)

http://multitudes.samizdat.net/Guattari-homme-d-affluences.html

Pour une réponse à l’affaire Sokal

20 janvier 2007

Voici un extrait d’un débat sur l’affaire Sokal par Jean-Michel Salanskis, mathématicien et philosophe :

« Je suis d’accord que l’enjeu le plus grave est celui de la lecture. Sokal-Bricmont soulèvent un problème qui ne peut être que celui de la lecture, et le traitent de façon particulièrement indigente. Impossible de comprendre « La limite est la puissance du continu » chez Deleuze sans savoir que le contexte est celui d’une théorie de l’individuation par engendrement de frontière, différenciation de parties dans l’espace. Faute de comprendre ce contexte, Sokal et Bricmont interprètent de façon grotesque « la notion mathématique de limite est égale au cardinal de l’ensemble des réels », et relèvent fièrement une bourde ! Sans examiner le détail, il est clair que faire de larges citations, dire à la suite que c’est ridicule et que cela n’a pas de sens, et concentrer tout le travail critique dans des notes de bas de page renvoyant aux passages cités ne peut pas être une procédure rationnelle de lecture, une procédure intellectuellement honnête. On peut à mon avis suivre pas à pas les prises à témoin et les condamnations de Sokal et Bricmont pour montrer que ce qu’ils font est tout le contraire d’une démystification, d’une clarification, d’une critique. Et, disant cela, je prends pour critère de la critique le critère standard des Lumières. À vrai dire, il n’y a pas de critique rationaliste sans « prise de perspective » herméneutique adéquate sur les documents, n’importe quel universitaire sérieux de la galaxie SHS le sait, le défaut de Sokal et Bricmont est de n’avoir pas été formés à cette rigueur.
Mon rejet de leur pseudo-lecture va très loin, même lorsqu’ils parlent de Régis Debray et Serres, et se moquent de l’évocation par ce dernier d’un « théorème de Gödel-Debray », je trouve qu’il y a plus de clarté, de vérité et de rigueur dans Debray que chez eux. »

http://www.revue-texto.net/Dialogues/Sokal.html

L’affaire Sokal : Deleuze et Guattari, une imposture ?

17 janvier 2007

Retour sur l’affaire Sokal qui met en question l’usage de concepts scientifiques dans la philosophie contemporaine, visant notamment Deleuze et Guattari.

http://www.randi.org/jr/2006-08/082506yet.html#i5

La longue marche des désaffiliés

10 janvier 2007

 par  Anne Querrien 

Depuis l’anti-oedipe, pratiques de la schizo-analyse et création de l’écosophie.

http://multitudes.samizdat.net/Schizoanalyse-capitalisme-et.html

Histoire du CERFI

10 janvier 2007

par  Francois Fourquet

L’essai que voici se présente comme la synthèse des résultats des recherches menées par le Cerfi (Centre d’études, de recherches et de formation institutionnelles) pendant une dizaine d’années. Le Cerfi avait été fondé en 1967 pour financer, grâce à des contrats de recherche sociale, le fonctionnement d’un organisme fédératif, la Fgeri (Fédération des groupes d’études et de recherches institutionnelles). La Fgeri et sa revue Recherches avaient été créées en 1965 pour lier entre eux, par un local, un périodique et un réseau de rencontres, des groupes militant dans différents milieux du travail social : psychiatres, psychanalystes et infirmiers du courant de « psychothérapie institutionnelle », enseignants et éducateurs spécialisés de « pédagogie institutionnelle », architectes, médecins, chercheurs, étudiants, etc.

http://multitudes.samizdat.net/Histoire-du-CERFI.html

Le Loup des steppes, un maillon vers l’Anti-oedipe ?

6 décembre 2006

Parmi les romans les plus en résonance avec l’Anti-Oedipe, « Le Loup des steppes » de Hermann Hesse paraît d’autant plus extraordinaire qu’il fut publié en 1927, soit deux ans avant la naissance de Gilles Deleuze ! Curieusement, il ne semble pas l’avoir mentionné.

On y retrouve la thématique nietzschéenne de l’éclatement de l’identité avec un accent qui n’est pas sans rappeler l’Anti-oedipe. Certes, à un niveau de lecture tout à fait différent.

A la différence d’un Artaud et de son écriture schizo, Hesse reste un intellectuel qui ne peut s’empêcher de se livrer à une démarche explicative sur l’existence et la folie. Il fait ainsi la part belle à de longues digressions sur les pensées et les sentiments de Harry, son héros, qui le conduiront de sa théorie de la dualité homme/ loup à la révélation mystique de ses multiplicités. Le roman se transforme souvent en véritable traité d’existence (notamment avec la remise au héros du « Traité sur le loup des steppes, réservé aux insensés »).

Une fausse dualité

Harry souffre de ce qu’un loup en lui s’oppose en permanence à l’homme qu’il est :

« Alors, le loup en lui montrait les dents, se mettait à rire et lui signifiait avec un mépris sanglant combien cette affectation de vertu était ridicule, combien elle seyait mal à un animal de la steppe, à un loup sachant parfaitement au fond de lui-même que pour être heureux, il devait parcourir seul les grandes plaines arides et, de temps à autre, s’abreuver de sang, courir une louve ».

Mais cette théorie de la partition de sa personnalité en deux pôles va être mise à mal par la lecture du mystérieux traité :

« Expliquer une personnalité aussi contrastée que celle de Harry en la divisant de façon naïve en loup et en homme représente une tentative désespéramment candide. Harry ne se compose pas de deux êtres, mais de cent, de mille. Son existence n’oscille pas (à l’instar de celle de tout homme) entre deux pôles uniques, entre les instincts et l’esprit ou entre la sainteté et la débauche ; elle oscille entre des milliers, d’innombrables séries d’opposition. ».

Plus précisément, à quelques lignes,  Hesse développe sa théorie :

« Même le plus intellectuel et le plus cultivé des hommes voit le monde et sa propre personne à travers un prisme de formules très naïves, simplificatrices, qui travestissent la réalité. Oui, c’est avant tout sa propre personne qu’il perçoit ainsi car tous les hommes ont, semble-t-il, un besoin inné et impérieux de concevoir leur moi comme une unité. Cette illusion a beau être ébranlée fréquemment et profondément, elle ne cesse de se reformer et de se raffermir. Le juge qui est assis en face de l’assassin et le regarde dans les yeux peut, l’espace d’un instant, entendre parler le meurtrier avec sa propre voix et retrouver en son for intérieur toutes les émotions, les facultés les potentialités de celui-ci. Néanmoins, dès l’instant suivant, il a recouvré son unité, sa fonction de juge. Il réintègre rapidement l’enveloppe de son moi imaginaire, accomplit son devoir et condamne à mort le meurtrier. Parfois aussi, des âmes particulièrement douées et délicates voient poindre en elles l’intuition de leur caractère multiple ; parfois, comme c’est le cas pour tous les génies, elles brisent l’illusion d’une unité de la personnalité et découvrent en elles de multiples facettes, un agrégat de moi différents. Il leur suffit alors de proclamer cela pour que la majorité les enferme, appelle la science à l’aide, constate que ces malheureux sont atteints de schizophrénie et évite ainsi à l’humanité de devoir entendre la voix de la vérité qui sort de leur bouche. (…) Le fait que tout individu s’applique à considérer ce chaos comme une unité (…) semble constituer une nécessité, un besoin aussi vital que celui de respirer ou de manger. L’illusion est fondée sur une simple analogie. En tant que corps, chaque homme est un ; en tant qu’âme, il ne l’est jamais. »

Le sujet est de nouveau abordé à la fin du roman, alors que Harry converse dans le théâtre magique avec le joueur d’échec, avant de voir son moi se dissoudre en une multitude de figurines :

« … De façon générale, on considère qu’il est insensé de diviser l’apparente unité de la personne en une foule de personnages. La science a même inventé le terme de schizophrénie pour désigner cela. Elle a raison, dans la mesure où il est naturellement impossible de maîtriser une multitude sans une instance de direction, sans un certain ordre, sans certains regroupements. En revanche, elle a tort de croire que les nombreuses sous-parties du moi puissent être agencées en une seule fois, selon un ordre obligatoire et définitif. (…) Par suite de cette erreur, beaucoup d’hommes sont considérés comme normaux, et même socialement supérieurs, alors qu’ils souffrent d’une folie incurable. .. »

Et plus étonnant :

« Tout comme l’écrivain qui compose un drame à partir d’une poignée de personnages, nous constituons sans cesse, à partir des éléments d’un moi morcelé, de nouvelles configurations au sein desquelles se développent de nouveaux jeux et de nouvelles tensions, des situations éternellement inédites. »

Il faut expérimenter  

La lecture du « Traité du Loup des steppes » n’est d’aucune utilité pour Harry. Il reste prisonnier de son enfermement intérieur qui le conduit à la résolution de se trancher la gorge.

Désespéré, angoissé par la mort imminente, il rencontre Hermine à la Taverne de l’Aigle Noir, et elle l’accompagnera dans sa refonte existentielle. Sans complaisance, alors qu’il lui compte sa solitude, l’incompréhension des hommes et son envie de mourir, elle lui rit au nez et le traite d’enfant :

« … alors comme il n’est qu’un petit gamin, il rentre chez lui avec l’intention de se pendre. J’ai parfaitement compris ce que tu m’as raconté, Harry. Il s’agit d’une histoire comique. »

Elle le prend alors en charge, en exigeant de lui une obéissance sans faille. Et il doit commencer par apprendre à danser. Débute la phase d’expérimentation.

« J’aurais pu donner les explications et les plus pertinentes et les plus éclairées sur les circonstances et les raisons qui étaient à l’origine de mon mal, de ma souffrance morale, de mon envoûtement et de ma névrose. La mécanique du système n’avait pas de secret pour moi. Mais savoir et comprendre ne m’étaient nullement nécessaires ; ce n’était pas à cela que j’aspirais si désespérément. Je voulais vivre des expériences, prendre des décisions, me ressaisir et m’élancer. »

« … tout cela me paraissait d’une beauté et d’une nouveauté inimaginables à mes yeux d’homme désenchanté qui depuis longtemps n’attendait plus rien, n’espérait plus rien. (…) Elle était là, et le miracle avait lieu.  J’avais retrouvé le contact avec un être humain et le goût de la vie. »

L’expérience fonctionne, détruisant sans pitié son monde antérieur :

« Les danses américaines s’étaient introduites dans mon univers musical bien ordonné comme autant d’éléments intrus, importuns, voire destructeurs. De la même manière, des expériences nouvelles, redoutées, déstabilisantes, surgissaient de toutes parts dans mon existence jusque-là si clairement circonscrite, si rigoureusement délimitée. Le Traité sur le Loup des steppes mais aussi Hermine disaient vrai lorsqu’ils évoquaient la théorie des mille âmes. »

Mais l’angoisse de perdre tout ce qui le constitue disparaît à la fin du roman. Harry est prêt pour la transmutation :

« Il ressortit le petit miroir de sa poche et le plaça devant mon visage. J’aperçus de nouveau l’image brouillée, nébuleuse de Harry, traversée par la silhouette convulsive du loup : une image tout à fait familière et parfaitement antipathique dont la destruction n’éveillait en moi aucune inquiétude. (…) Pour atteindre une forme supérieure d’humour, il faut commencer par ne plus prendre au sérieux sa propre personne. »

Extraits tirés du roman traduit par d’Alexandra Cade pour Calmann-Lévy, réédité en Livre de Poche

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